
ubmergé après-guerre, puis réapparu sous les effets de la sécheresse, un village du sud de
l'Australie est devenu l'illustration des aléas climatiques subis par le pays. Il y a cinquante ans, Adaminaby était une bourgade prospère. A 150 km de Canberra, au coeur de la région montagneuse
des Snowy Mountains, elle avait crû au rythme de l'exploitation d'une mine d'or et de cuivre et comptait quelque 1 000 habitants.
Mais, à la fin de la seconde guerre mondiale, le pays lance un grand programme hydroélectrique dans la région, destiné à alimenter en électricité les villes en amont et à assurer l'irrigation
de cette zone très agricole. Ce programme, considéré à l'époque comme une merveille du génie civil, avec ses 16 barrages et sa centaine de tunnels reliant 7 centrales hydroélectriques, scelle
le sort du village : choisi pour accueillir l'un des barrages, le site est submergé en 1957 sous un lac et les habitants sont obligés de démonter leurs habitations pour les reconstruire à 10 km
de là, dans la nouvelle Adaminaby.
Il aura fallu environ dix-sept ans pour que le lac atteigne son niveau haut. Mais, au fil des années de sécheresse, il a perdu presque 40 mètres de profondeur et s'est retiré à plusieurs
centaines de mètres, laissant à nu les rives asséchées de terre rougeâtre. "Cela a commencé il y a dix ans, mais on a vraiment commencé à remarquer la baisse il y a trois ans",
explique Jan Leckström, présidente de la chambre de commerce d'Adaminaby. Peu à peu, les fondations de l'ancienne ville sont réapparues. Là où, il y a peu, se situait la rampe d'accès au lac,
la grande rue du vieux village se dessine. Plus bas, les marches de l'église Saint-Mary ont rejailli à la surface. Un peu plus loin, on aperçoit le cellier de l'ancien hôtel. "D'ici peu, on
verra les ruines de la maison de ma grand-mère", explique David Kennedy, un ancien habitant. Déjà, la cheminée pointe au milieu de l'eau.
GOÛT AMER
La réapparition de cette ville fantomatique a un goût amer pour les villageois. Ann Kennedy avait dix ans lorsque les agents du schéma hydroélectrique sont venus déloger sa famille : "Mon
père s'est battu contre eux, mais finalement nous avons été obligés d'aller vivre dans la nouvelle ville. Mon père était accablé." "Je ne sais pas s'ils agiraient de la même façon
aujourd'hui", commente Leigh Stewart, historien local. Pour les époux Kennedy, les villageois expulsés ont été exclus des bénéfices du lac : "L'eau a trop été utilisée, pour
l'électricité, l'irrigation. Mais nous, nous avons attendu quarante ans avant d'être raccordés au réseau d'eau du lac."
Si la baisse du niveau d'eau fait rejaillir les souvenirs, elle suscite également les inquiétudes. A l'entrée du nouveau village, une grande statue de truite accueille les pêcheurs, piliers de
l'économie locale. "On espère vraiment qu'il va neiger et pleuvoir maintenant, pour que le niveau remonte", commente Paul Carver, le patron du pub. Seule consolation, la nouvelle
Adaminaby pourrait profiter du tourisme généré par les ruines. "Je n'ai jamais reçu autant de touristes que ces derniers mois", se réjouit M. Stewart, propriétaire d'une galerie de
vieilles photos. - (Intérim.)
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